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Le Père Marie-Eugène fut un homme de prière. L’oraison unifiait sa vie. Il n’a cessé d’en enseigner les voies, revenant toujours à l’essentiel. Nous sommes faits pour Dieu. « Dieu est Amour » (1 Jn 4,8). Il a de la joie à se donner. « Echange d’amitié où l’on s’entretient souvent seul à seul avec Dieu dont on se sait aimé » (Thérèse d’Avila), regard simple sur le mystère de Dieu manifesté dans le Christ Jésus, regard soutenu et animé par l’Esprit Saint, l’oraison est l’exercice premier de la vie divine en nous, le mouvement vital de la grâce filiale en notre âme. Elle n’est pas un exercice parmi d’autres : elle est le mouvement de la vie baptismale.
L’oraison est la rencontre de l’être vivant tel que nous sommes avec le Dieu vivant qui habite en nous : rencontre du Créateur et de sa créature, du Dieu Saint et de l’homme pécheur que la grâce rend capable d’amour filial. Mystère de nos relations personnelles avec le Dieu-Trinité, temps fort de notre vie de baptisés, l’oraison comme rencontre nous porte à rechercher la présence divine au milieu de nos occupations quotidiennes.
L’oraison est un contact vivant. Notre part, indispensable parce que libre, est de recueillement, d’orientation de tout notre être vers cette présence, invisible et obscure, mais réelle et agissante de Dieu en nous. L’important, c’est d’établir un contact vrai et vivant avec Dieu. Or, « la foi donne Dieu », nous dit Jean de la Croix. C’est une vérité évangélique. La foi de la femme malade fait tressaillir Jésus. « Qui m’a touché ? ». Cette foi lui « arrache » une force qui guérit. « J’ai senti qu’une force était sortie de moi » (cf. Lc 8,43-48). Notre acte de foi, foi vivante qui espère et aime dans la pauvreté sentie et l’impuissance, fait tressaillir Dieu. La foi touche Dieu. Et Dieu se donne. Lui-même. Il a de la joie à se donner.
Notre collaboration dans cet échange d’amour qu’est la prière d’oraison est une collaboration de foi. C’est un regard de foi, regard sur Jésus, regard persévérant sur l’obscur de son mystère, regard nourri de prière vocale, de lecture, de méditation peut-être, ou simplement de silence. Que le contact se fasse dans la joie ou la tristesse, la ferveur ou la sécheresse, l’activité ou l’impuissance, l’enthousiasme ou l’écrasement, peu importe. Au-delà du senti, Dieu se donne. Ce regard de foi, que l’Esprit Saint perfectionne peu à peu en simplifiant son exercice, crée une intimité de plus en plus profonde avec Jésus. Il fait entrer dans ses sentiments. Il fait découvrir l’Église de l’intérieur. La fidélité du regard, voilà ce que Dieu attend de nous. Car c’est dans l’oraison que son Amour se donne, prépare ses instruments, forge ses témoins. Dans l’oraison, Dieu fait les saints.