C’est ainsi que Jean de la Croix voit la vie chrétienne, à la suite de Jean l’Évangéliste, dont il connaissait les écrits par cœur : « Celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui » (1 Jn 4, 16).
Cette perception se situe à la racine de l’être et elle est marquée par le sens de la personne et des personnes, si fort chez les saints du Carmel : Dieu et l’homme, en mutuelle gravitation, destinés à s’unir dans la participation et la jouissance d’une même vie, dans « l’égalité d’amour » (Cantique Spirituel, 38).
Autrement dit : le Dieu qui se révèle à Jean de la Croix n’a rien à voir avec le Dieu des idéologies modernes. C’est un Dieu vivant, qui n’anéantit pas l’homme. Au contraire, il l’aime et il l’élève à une dignité inimaginable, à l’intérieur même de sa condition humaine. Il ne le tire pas du monde, mais l’appelle à y vivre dans l’Amour et la Vérité, sceau dans son âme de la ressemblance de Dieu dans laquelle il a été créé. Et au service des frères, comme Jésus, qui a montré la voie : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir » (Mt 20, 28).