C’est le moyen par excellence de notre union à Dieu ; l’amour que le vocabulaire chrétien appelle « charité », au sens que Benoît XVI précise dans la première partie de Deus caritas est.
C’est l’amour qui fait sortir de soi au point de départ ; c’est l’amour qui fait progresser, et c’est l’amour qui réalise en fin de compte la plénitude que Jean de la Croix décrit ainsi :
« Et là tu me montreraisce que mon âme désirait instammentet là tu me donneraisbientôt, toi qui es ma vie,ce que l’autre jour déjà tu me donnas » :« Ce que mon âme désirait instamment, [c’est l’égalité d’amour avec Dieu]. […] Comme l’âme voit la vérité de l’immensité dont Dieu l’aime, elle ne voudrait pas l’aimer moins hautement ni moins parfaitement […] »Cantique Spirituel, 38
« Et c’est le souffle de l’air,le rossignol dans la douceur de son chant,le bocage avec ses charmesau sein de la nuit sereinedans la flamme qui consume et plus ne peine » :« ‘Le souffle de l’air’ […] c’est un attouchement et un sentiment d’amour très délicats que l’âme sent ordinairement en ce temps en la communication de l’Esprit Saint. Lequel, par une manière d’aspirer par cette sienne aspiration divine, élève hautement l’âme et l’informe afin qu’elle aspire à Dieu la même aspiration d’amour que le Père aspire au Fils et le Fils au Père, qui est l’Esprit Saint lui-même […]. « C’est pour que [l’âme] en arrive là qu’il l’a créée à son image et à sa ressemblance »Cantique Spirituel, 39
On comprend que les saints du Carmel, qui ont entrevu cela, aient un sens tellement fort de la dignité de la personne humaine. Elle porte en elle la capacité de devenir, par son union à Dieu dans le Christ, l’égale et la compagne de Dieu, son « épouse », pour reprendre la comparaison biblique originaire. Une épouse qui participe à la fécondité de Dieu lui-même, car elle est « prise » dans le mouvement de l’Esprit.