Pour que ce besoin du regard sur Dieu ne soit pas uniquement pour ainsi dire poétique ou sentimental, il doit être accompagné de la décision de donner tout à Dieu, de faire le don de soi complet. Le prophète comprend qu’il ne peut exiger que Dieu se donne et se tenir en sa présence s’il ne lui a pas tout donné. Le prophète est constamment à la recherche de Dieu et constamment livré à son action intérieure ou extérieure. Il se livre et c’est toute son occupation à lui. A Dieu de disposer de lui pour le retenir dans la solitude ou pour l’envoyer de-ci de-là. Plonger en Dieu en fermant les yeux pour se livrer à la toute-puissance divine, à l’amour de Dieu. C’est dans l’obscurité en effet qu’il faut chercher le dessein de Dieu, car ses pensées dépassent les pensées humaines comme le ciel dépasse la terre. Le don de soi doit chercher sa vocation dans le mystère et s’offrir à ce mystère qui la dissimule et la garde jalousement pour l’heure des réalisations. Le don de soi doit être indéterminé pour ne pas s’égarer dans les constructions humaines et pour rejoindre sûrement la réalité et la vérité divines.
Ce don pour des réalisations indéterminées n’est pas un essai de communion au vide, c’est un don effectif à des volontés divines certaines mais qui sont inconnues pour le moment. Bienfait positif incomparable de ce don indéterminé devenu habituel, il livre l’âme à l’action de l’Esprit Saint. Dans l’obscurité de foi où il maintient l’âme, il la garde attentive aux moindres manifestations de la volonté divine, il affine ses sens spirituels qui deviennent sensibles aux onctions délicates de l’Esprit Saint.
Évidemment, l’âme y va avec tous ses défauts, avec toutes ses tendances mauvaises, avec tous ses péchés de la vie passée, mais tout cela ne constitue pas des obstacles pour faire ce saut en Dieu. En se jetant dans cette obscurité par le don de soi, on tombe nécessairement dans la miséricorde de Dieu.