En quatre moments, le père Emmanuel Hirschauer propose une découverte de l’enseignement du père Marie-Eugène sur la personne humaine dans sa corporéité, autour des mystères joyeux, lumineux, douloureux et enfin glorieux, de la vie de Jésus.

 

Mystères joyeux

« Prends un peu de vin à cause de ton estomac » (1 Tm 5,23).

 

Le P. Marie-Eugène (Henri Grialou) est né en Aveyron, en 1894. Petit-fils d’agriculteurs, il est enraciné dans ce terroir où élevage, agriculture, artisanat, et bientôt, travail à la mine, font vivre des familles simples et laborieuses. Il a grandi les pieds sur terre ! On s’aime beaucoup dans la famille Grialou et cela marquera profondément le jeune Henri qui dira, bien plus tard, avoir été « pétri d’amour dès son jeune âge ». Il confiera ce souvenir :

Je me suis rappelé quand j’étais tout petit, maman m’aimait énormément. J’avais deux ans, deux ans et demi. Je couchais dans la chambre à côté. Le dimanche elle m’appelait de son lit : “Ricou, ricou”. J’étais un gros petit bonhomme. “Viens, viens”. Je grimpais sur son lit. Elle me mangeait, m’embrassait, je sentais que je lui donnais de la joie (G. Gaucher, La vie du Père Marie-Eugène de l’E-J [noté : GG], p. 16, note 7).

Écrite au dos d’une image jointe à une lettre envoyée à sa sœur, Berthe, voici le texte d’une résolution prise par le jeune carme, frère Marie-Eugène : 

donner uniquement de l’amour même lorsque cet amour ne doit pas être accepté
Donner de l’affection à tous et plus que jamais, à toi en particulier (…). En s’approchant du bon Dieu (…) on se rend compte que pour l’imiter il faut faire comme Lui : donner uniquement de l’amour même lorsque cet amour ne doit pas être accepté ou sera certainement mal interprété » (P. Marie-Eugène, Lettre du 13 mars 1923 ; « Berthe Grialou » [polycopié réalisé par Denise Didon], p. 59).

Appuyé sur un solide bon sens, le P. Marie-Eugène se laissera guider au fil de toutes ses missions par cette intelligence du cœur qui fait droit avec justesse à l’affection et à ses expressions. Des témoins racontent :

Pendant le petit-déjeuner, il vint me trouver. Je fus frappé par son regard très beau… une sorte de joie qu’il respirait, la confiance affectueuse qu’il témoignait immédiatement aux êtres qu’il rencontrait. A cette époque, j’ignorais complètement devant qui je me trouvais : son passé, son nom, ses travaux, sa fondation de Notre-Dame de Vie m’étaient inconnus » (P. Philippe Vercoustre, o.p., ; GG, p. 310).
Il avait de la charité et de la délicatesse pour les plus humbles, les petits. Je pense à ce qu’il a fait pour moi qui suis un petit. Il ne m’a pas négligé. Or je ne méritais pas beaucoup d’attention. C’est la preuve d’un homme de foi qui vraiment s’intéressait à tous, même à ceux qui n’ont pas beaucoup de qualités. Ceux-là il les entourait d’un amour particulier, délicat, attentif » (Témoignage du Père Pandreau).

Nommé par le Pape Pie XII, Visiteur des carmels de France, le P. Marie-Eugène rencontrera toutes les moniales, veillant sur le bien spirituel des communautés, rappelant les exigences de la vie carmélitaine, tout en invitant à une modernisation de leurs installations : simplification du travail domestique, amélioration des conditions d’hygiène et adaptation de certaines règles aux tempéraments plus fragiles sont à l’ordre du jour (cf. GG, p. 196).

la maternité spirituelle enveloppe tout.
Être attentif à tous les besoins d’une personne, sans perdre de vue son bien être corporel, c’est bien le propre d’une mère. Souvent, le P. Marie-Eugène évoque cette tendresse maternelle de la Vierge Marie qui veille sur tous nos besoins :

Nous devons nous sentir enveloppés dans son amour maternel immense. (…). Rendons à cet amour un hommage, immense aussi, de confiance et d’abandon. Livrons-lui toute notre âme, tout notre corps, car notre mère ne fait pas de distinction entre nos besoins, la maternité spirituelle enveloppe tout. Abandonnons tout à cet amour, quelles que soient les circonstances où nous nous trouvons » (P. Marie-Eugène, Vierge toute mère, p. 55 ; Retraite 1933, 9ème conf., p. 27).

Le P. Marie-Eugène a toujours eu le souci de la personne dans son intégrité : son bien-être commence par le corps et la sensibilité. Mobilisé au début de la seconde guerre mondiale – il est religieux carme et prêtre depuis 1922 – le Lieutenant, puis Capitaine, Grialou s’occupe de ses hommes avec beaucoup de sollicitude. Au Foyer du soldat, on peut trouver boissons, livres, voir des films, écouter de la musique, assister à des pièces de théâtre (cf. GG, p. 162). Son ordonnance déclare : « Pour moi, Grialou c’est le bon Dieu » (GG, p. 162) !

Plus tard, l’une des missions du P. Marie-Eugène sera d’accueillir dans son couvent du Petit-Castelet (oct. 1955 – juil. 1957) des personnes désireuses de vivre un temps de retraite. Pour ces retraitants, il veut « que l’accueil soit bon, chaleureux, avec de bons lits, des couvertures chaudes, une cuisine bien préparée, abondante, des plats bien présentés et tout cela fera 75 % de réussite de la retraite » (GG, p. 215) !

C’est ainsi que le P. Marie-Eugène désire offrir à chacun une main secourable pour nous encourager sur le chemin qui mène vers Dieu :

 

Mon enfant, bien volontiers, dans la mesure de mon possible, je vous donnerai la direction spirituelle dont vous avez besoin et que vous demandez. Je suis heureux que vous ayez retrouvé vos forces physiques, nécessaires à l’accomplissement de votre tâche maternelle et qui aident aussi à faire la part raisonnable dans les exigences et les phénomènes de la vie spirituelle. Accordez-vous donc le repos qui vous est nécessaire » (P. Marie-Eugène, Lettre à une mère de famille, 18 mai 1947, Père d’une multitude, p. 121).