En quatre moments, le père Emmanuel Hirschauer propose une découverte de l’enseignement du père Marie-Eugène sur la personne humaine dans sa corporéité, autour des mystères joyeux, lumineux, douloureux et enfin glorieux, de la vie de Jésus.

 

Mystères lumineux

« Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Co 3,16).

 

Une conviction anime le P. Marie-Eugène : Dieu habite en nous ! A la suite de sainte Thérèse d’Avila, il vit de cette vérité : le Seigneur a fait de notre cœur sa demeure, son « paradis ». Ce n’est pas seulement notre cœur, ou notre âme, qui est habitée par Dieu, mais tout notre corps, nos muscles et nos cellules :

 

Notre corps est plein de Dieu : présence d’immensité de l’Esprit Saint

Notre âme, notre corps sont pleins de Dieu jusqu’au bout des ongles. L’Esprit-Saint est là-dedans (P. Marie-Eugène, Préparation Pentecôte, 2ème conf., 14 mai 1959).
Nous sommes identifiés au Christ par l’action de l’Esprit Saint présent dans notre âme.
Nous sommes identifiés au Christ, c’est vrai, mais nous le sommes par l’action de l’Esprit Saint présent dans tous les pores de notre âme, dans toutes les molécules de notre corps, dans toutes les réalités terrestres et célestes. C’est Lui qui pénètre tout de sa Lumière et de son amour, parce qu’Il est l’architecte de l’Eglise, l’architecte de notre sainteté, de notre beauté surnaturelle et de notre bonheur éternel (P. Marie-Eugène, Hom. Pentecôte, 29 mai 1966).
Quel est l’être qui nous est le plus intime ? C’est l’Esprit-Saint. Pourquoi ? Parce que l’Esprit-Saint est en nous… jusqu’au bout des ongles,… jusqu’au bout des orteils !… dans les profondeurs de notre âme. L’Esprit-Saint, parce qu’Il est Esprit, peut pénétrer partout. Ce n’est pas une chose, c’est une Personne vivante. La première chose que nous devons faire, c’est de croire à l’Esprit-Saint, c’est de prendre conscience de la présence de l’Esprit-Saint, c’est de développer notre foi en l’Esprit-Saint. Quand vous lisez le Château intérieur de N.M. Ste Thérèse, vous remarquez qu’elle dit : prenez conscience de la présence de Dieu en vous. Qui est-ce ? C’est l’Esprit-Saint. L’intimité avec l’Esprit-Saint est le premier acte, l’acte fondamental de la vie spirituelle (P. Marie-Eugène, Prépa. Pentecôte, Conf. 1, 13 mai 1959).
Dieu est donc présent substantiellement dans l’âme juste, à laquelle il donne l’être naturel et la vie surnaturelle de la grâce.
Il n’est pas un atome de notre être où Dieu ne soit.
Il nous soutient, non pas comme une mère soutient et porte son enfant dans ses bras, mais il nous pénètre et nous enveloppe. Il n’est pas un atome de notre être où il ne soit, pas un mouvement de nos membres ou de nos facultés qu’il n’ait animé. Il est autour de nous, en nous, et jusqu’en ces régions plus intimes et plus profondes que notre âme elle-même. Dieu est l’âme de notre âme, la vie de notre vie, la grande réalité dans laquelle nous sommes comme immergés et qui pénètre tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes de sa présence active et de sa puissance vivifiante : “En lui nous vivons, nous avons le mouvement et l’être” (Ac 17,28) (P. Marie-Eugène, Je veux voir Dieu, p. 28).

Regard et sourire

Dieu habite notre corps, mais c’est avec beaucoup de discrétion – et heureusement ! Parfois, il laisse voir aux autres un reflet de sa présence. A force de s’offrir à l’Esprit Saint, le P. Marie-Eugène portait sur son visage d’homme mûr, buriné par les années et par beaucoup de souffrance, la bonté de Dieu. C’est surtout sur le visage d’une personne, dans son regard et son sourire, que l’on peut deviner la lumière et la joie qui l’habitent. Dieu est Vivant ; c’est ainsi qu’il laisse parfois un percevoir un rayon de sa présence. Le P. Marie-Eugène aimait contempler le sourire des uns et des autres, « fleur de la charité » (cf. Retraite 1950, conf. 3, p. 20). Nos yeux sont comme la porte de notre âme où Dieu est chez lui :

Les yeux laissent voir si l’Esprit Saint est content ou pas

Quand je vous dis : « ouvrez les yeux ! », c’est pour y trouver l’Esprit-Saint. Les yeux sont les fenêtres de l’âme ; je n’ai pas besoin de passer par la porte. Quand l’Esprit-Saint est content, ça se voit ! Il y a le pétillement de l’Esprit-Saint dans les âmes ! (P. Marie-Eugène, Préparation Pentecôte, 1ère conf., 13 mai 1959).

L’amour passe dans les yeux

Il faut que vous sachiez aimer, que vous sachiez embrasser, non pas pour y trouver une jouissance, mais pour donner une expression à votre amour surnaturel. (…). Il faudrait que l’amour passe par vos yeux, par votre visage. Il y a un rayonnement de l’amour surnaturel par le rayonnement naturel. (…). Ce n’est pas le sourire commercial (P. Marie-Eugène, Conférence, 8 octobre 1961 ; GG, p. 304).
L’amour est quelque chose de subtil, quelque chose d’intérieur, quelque chose qui est dans les profondeurs de l’être et qui, partant des profondeurs de l’être, manifeste son influence sur toute l’activité, dans toutes les facultés opératives et doit comme jaillir, sortir du bout de nos doigts – sans compter qu’il passe notablement par les yeux ! (P. Marie-Eugène, Retraite 1965, 7ème conf., p. 78).
Il faut mettre dans nos intentions de demander l’amour, d’arriver à rendre cette intimité de l’amour dans nos actes aussi consciente et détaillée que possible, se faire des yeux pleins d’amour pour regarder les âmes (P. Marie-Eugène, Retraite 1951, Conf. 7, p. 45).

Apostolat par le sourire

Un beau sourire, cela fait transparaître la vie que vous trouvez dans l’oraison (P. Marie-Eugène, Conférence, 8 octobre 1961 ; GG, p. 304).
Vous devez faire un apostolat normal par le sourire, l’honnêteté. On trace un sillon et les gens se transforment, un milieu est amélioré (P. Marie-Eugène, Conversation, Quelques conseils pour le Carême, 28 février 1951, p. 2).
La Sainte Vierge est toute Mère, pas seulement par sa prière, mais par toute sa personne, parce qu’elle est la plus belle des créatures, la plus séduisante, celle qui avait le sourire le plus conquérant. Soyez comme elle (P. Marie-Eugène, Conférence, 8 octobre 1961 ; GG, p. 305).